Elora, développeuse Salesforce, après une reconversion

#ProsduNum

Confortablement installés dans un espace de travail lumineux et coloré qui alterne tables hautes et partie salon, nous attendons Elora, 28 ans – bientôt 29, aujourd’hui développeuse Salesforce chez Capgemini (grande entreprise du secteur du conseil IT*). Elle va nous parler de sa surprenante et pourtant très naturelle reconversion dans le numérique. Tout d’un coup, la voilà, look détendu et regard affuté. Ce matin, c’est la course : son équipe accueille deux nouveaux collègues, un stagiaire et un alternant et elle doit leur donner toutes les informations nécessaires pour se lancer. Pas de temps à perdre donc, d’autant qu’Élora a beaucoup de choses à nous dire ! ;-)

De la grande école de commerce ... au développement informatique ?!

Au début le parcours d’Elora semble tout tracé : « J’ai fait une classe prépa et intégré une grande école de commerce. On nous avait demandé de réfléchir à un projet professionnel : moi, je voulais faire de la pub dans l’humanitaire ». Si ses stages et premiers projets professionnels l’intéressent, ils vont aussi l’en éloigner. « J’ai travaillé pour la direction marketing France d’une entreprise qui produit une célèbre boisson gazeuse puis j’ai été responsable de rayon chez un leader du bricolage avant de prendre en charge des projets commerciaux dans le domaine de la santé. J’ai appris à gérer des projets de bout en bout, du top management jusqu’à leur application concrète sur le terrain. »

 

Quel a été l’élément déclencheur ?

« Je voulais continuer à avancer, à apprendre mais les postes qui me tentaient ne m’étaient pas accessibles : on me disait que mon profil n’était pas assez terrain ou finalement trop... ». Au bout d’un an dans le poste qu’elle occupe alors, Elora fait un break et un peu d’introspection. « Je me suis demandé : qu’est-ce qui te plaît dans la vie, qu’est-ce qui te fait vraiment vibrer ? ». La réponse arrive dans la foulée : l’IT, les technologies. « C’était une composante de tous les métiers que j’avais exercés. Il y a toujours eu cette problématique de transformation digitale, d’un outil numérique à faire accepter ». Oui mais comment rejoindre le secteur ? « Ça peut paraître compliqué quand on n’a pas fait son premier stage dans ce domaine ».

 

Des formations courtes pour acquérir des compétences

« J’ai financé moi-même - dans certains cas, Pôle Emploi peut le prendre en charge - une formation en 3 mois qui était orientée vers les métiers du développement web et les technologies associées : HTML, CSS, PHP, JavaScript, SQL ... J’ai beaucoup aimé, même s’il fallait s’accrocher. Les personnes autour de moi avaient des parcours et niveaux d’études très différents, pas toujours évident pour dialoguer, mais cela développait aussi l’entraide ». Diplômante, la formation donne à Elora un équivalent licence. Cependant son parcours atypique - développeuse issue d’une grande école de commerce - brouille d’abord la lecture de son profil par les recruteurs.

Et puis se former fait de toute façon partie du métier ?

« Complètement ! Les usages évoluent très vite et il faut s’adapter ! Tous les jours il y a un nouveau framework à la mode, un nouveau langage, de nouvelles fonctionnalités. On dit souvent que coder c’est 20 % de formation et 80 % d’autoformation. Attention ! On ne parle pas de ne faire que ça tous les soirs jusqu’à 3h du matin (sauf si vous en avez envie !) mais juste juste d’alimenter constamment sa curiosité et son envie de mieux faire. Notre entreprise nous met d’ailleurs à disposition les moyens et occasions de progresser et de montrer ce qu’on vaut. Ensuite, c’est à nous de jouer ! »

 

Tout cela c’est bien joli mais les maths ne posent pas souci ?

Le visage d’Elora s’éclaire d’un grand sourire : « merci de me donner l’occasion d’aborder ce point super important ! Non, il faut oublier ces préjugés. Bien sûr, pour pouvoir développer un moteur de recherche, des jeux vidéos, un système bancaire ou un outil de cartographie par exemple, les mathématiques et un diplôme d’Ingénieur ou universitaire seront souvent indispensables. Mais il existe bien assez de domaines d’applications où ce n’est pas nécessaire. Moi je ne fais pas de maths au quotidien. » La plupart du temps, il s’agit de comprendre une probléma- tique et de la traduire pour son client – par l’intermédiaire du langage informatique - en une solution opérationnelle et sûre. On joue avec une boîte à outils immense, c’est comme une recette de cuisine : la technologie, ce n’est pas de la magie ».

 

À quoi ressemble une journée type ?

Ma question fait rire Elora : « ça n’existe pas ! » Mais encore ? « Le quotidien d’un développeur, ce n’est pas de réinventer la roue, mais d’aller chercher la bonne pratique auprès de la communauté de développeurs, puis de l’adapter à sa problématique. Il faut avoir de la curiosité et savoir faire les bons liens entre ce qu’on vit dans le projet et ce qu’on lit sur le web. J’ai envie de m’investir à fond dans la technique, ça me plaît mais j’ai aussi une vision globale du dossier ». Concrètement, elle travaille chez son client en mode projet : « on fonctionne par cycles : on se met d’accord sur les prochaines évolutions, on analyse et compose le design, on développe, on teste, on implémente, on fait le bilan. Puis on recommence !
En tant que développeur Salesforce (leader du CRM*), je travaille à l’aide du langage Apex (très similaire au Java) et du framework Lightning Components, sorte de boîte à outils/bibliothèque dédiée à un langage pour faciliter le développement. Je code et j’analyse : il faut toujours réfléchir à l’impact d’une évolution du CRM sur l’entreprise et ses différents métiers. Il faut savoir écouter et se projeter pour conserver une base commune homogène tout en accompagnant chaque service vers le changement, en tenant compte des réalités du métier ».

 

Et après ? Comment vois-tu ton futur ?

Dans 5 ans, Elora voudrait devenir architecte Salesforce : « je suis ambitieuse, j’aimerais être reconnue pour ma vision globale et mes compétences techniques, ma capacité à savoir mettre les pièces du puzzle ensemble ». D’ici peu, elle va préparer une nouvelle certification, Jira Administrator (un outil collaboratif dédié à la gestion de projets informatiques). La reconversion était un risque qu’elle est heureuse d’avoir pris : « ce n’est que le début ! »

 

Être une fille dans le numérique, c’est logique*

J’aurais presque oublié de lui poser la question tellement son métier semble être une évidence pour Elora : être une femme dans le numérique, c’est compliqué ? Elora devient très sérieuse : « pas du tout. Au quotidien, je me vis juste développeuse, pas femme développeur. Oui, c’est une réalité, il y a moins de femmes que d’hommes dans nos métiers, surtout parmi les profils techniques. Mais je ne vois pas pourquoi cela devrait continuer ainsi ! D’ailleurs, j’essaie de m’investir dans des actions pour le faire savoir : je fais partie d’un programme de marrainage mis en place par Capgemini avec l’Université Pierre-et-Marie-Curie. Avec mes collègues, nous présentons aux étudiantes les possibilités qui existent dans l’IT, nous les soutenons dans la construction de leur projet professionnel (trouver un stage, un premier emploi ...). On manque cruellement de développeurs et, plus largement, de personnes dans le numérique, il faut dépasser les idées reçues qu’on peut avoir du secteur et ne pas hésiter à essayer ».

 

Des conseils à quelqu’un qui voudrait tenter une reconversion vers le développement ?

  • « Le premier : si le code vous titille, allez d’abord tester votre envie. Des sites ressources gratuits existent comme Codecademy qui permettent de s’initier aux langages HTML, JavaScript et pourquoi pas Python. Vous verrez vite si vous accrochez.
  • Le deuxième : ne perdez pas confiance. Lors de la reconversion, en 3 mois de formation, on se prend beaucoup d’informations dans la figure. Il faut relativiser pour tenir la distance.
  • Le troisième : internet c’est bien et mal à la fois. Il y a 50 manières de faire une chose et peut-être 30 qui sont mauvaises. En matière de documentation, Stack Overflow et Mozilla Developer Network sont les bibles des développeurs #GoodToKnow ;-). »

En savoir +
https://www.capgemini.com/fr-fr/carrieres/

télécharger la story d'Elora

pictogramme livre recettes

Petit lexique

* CRM : ou Customer Relationship Management est un logiciel qui permet à une entreprise de suivre, de traiter et d’analyser toutes les informations relatives à ses clients et contacts, voire parfois de communiquer avec eux

* IT : Technologies de l’information - comprennent notamment le secteur informatique

* POE : la préparation opérationnelle à l’emploi est un système de formation proposé par Pôle Emploi en collaboration avec des entreprises prêtes à embaucher des candidats sous réserve de l’obtention de compétences qui leur manquent pour le poste concerné

* Salesforce : un éditeur de logiciels particulièrement connu pour sa solution CRM (voir + haut).

Crédits

Photo : DR / Icônes : The Noun Project
Page 1 : development by Creative Stall / Business Student by Gerald Wildmoser Page 2 : Cookbook by Laymik

La citation : « Des filles dans le numérique, c’est logique ! » est issue du kit pédagogique « Lien Numérique » à retrouver sur https://www.concepteursdavenirs.com