Anne-Laure, Directrice Monde Intelligence Artificielle

Anne-Laure, Directrice Monde Intelligence Artificielle

“La technologie m’a toujours éclatée, je l’utilise pour aider les entreprises à préparer leur avenir”

Pour rencontrer Anne-Laure, 38 ans, « Global Head of Artificial Intelligence » chez Capgemini (grande entreprise du secteur du conseil IT*), nous avons fixé un rendez-vous autour du déjeuner. Son temps est rare. Lorsqu’elle arrive, on sent l’énergie rayonner autour d’elle, un mélange de calme vigilant et de curiosité joyeuse.

La filière scientifique : le choix du « comment ça marche »

La technologie ne me fait pas peur !

« Ma mère était médecin, mon père, un “citoyen du monde” qui avait exercé plein de métiers. Ils m’ont toujours conseillé de choisir la voie qui offrait le plus d’options possibles. Pour moi, c’était la filière scientifique. La technologie ne m’a jamais fait peur : mes parents m’ont poussé à développer une certaine curiosité, une culture du « comment ça marche » qui conduit à manipuler les choses, à construire des objets ». Cela n’empêche pas Anne-Laure de se passionner pour la philosophie en terminale : « c’était une autre manière de décortiquer un raisonnement, d’exercer son sens critique ».

La prépa : un apprentissage précieux pour la vie pro

Après le BAC, Anne-Laure opte pour une prépa MPSI (Maths, physique et science de l’ingénieur). « J’y allais en mode : je vais en suer pendant deux ou trois ans mais il paraît que ce sera bien ! ». Qu’en retient la jeune femme ? Des concepts mathématiques qu’elle re- trouve ... 20 ans après en travaillant sur l’intelligence artificielle. Et « le plus important, une capacité à apprendre, à gérer une grande charge de travail sans découragement ». Après deux ans, Anne-Laure intègre l’ISEP, une école d’ingénieurs du numérique, avec la spécialité Systèmes d’information : « j’ai choisi, là aussi, la spécialité qui me semblait offrir le champ le plus large, pour me faire avancer sur le plan technologique, comme sur l’art et la manière d’accompagner le changement dans les entreprises ».

Une carrière comme une évidence, en perpétuelle évolution

Le stage comme voie d’insertion professionnelle

Sa rencontre avec son futur employeur arrive très vite, au détour d’une présentation sur les carrières d’ingénieurs, proposée par son école qui cultive un réseau professionnel très dynamique. « Lors d’une de ces visites, une collaboratrice de Capgemini a expliqué comment elle parvenait à concilier vie personnelle, famille et tous les projets qu’elle menait. Cela m’a marquée. En dernière année, nous avions 6 mois de stage à effectuer. J’ai postulé et mis en place le premier entrepôt de données* pour une grande société de télécommunication française ». Beauté de l’architecture et ... plaisir de voir l’impact très concret de son travail sur l’optimisation de l’activité de son client, à travers l’analyse des données, la Business intelligence*.
Son diplôme en poche, Anne-Laure n’hésite pas longtemps : « j’ai passé plusieurs entretiens mais mon projet de stage n’était pas fini. À l’époque, c’était l’une des premières installations de la technologie Teradata*. Et j’aime défricher les terres inconnues ! ».

De l’expertise technique à la gestion de projets

En 1999, Anne-Laure commence par faire du développement et devient rapidement experte technique : « je faisais du code et je m’éclatais ! Il ne faut pas hésiter, en tant que femme, à opter pour des postes purement techniques, s’ils nous attirent ! Les opportunités et centres d’intérêt n’ont pas de genre ».
Au bout d’un an, elle passe « lead technique ». La progression est rapide ! : « si vous en avez l’envie et les capacités, c’est possible. Il n’y a pas un nombre prédéfini d’années à attendre ». Son activité au quotidien ? « J’avais la responsabilité d’une partie de la solution livrée au client : les développements, les sous-systèmes, la cohérence de l’ensemble, le process du projet, le respect du planning et du budget ».
Et après ? « La suite logique était de devenir chef de projet. Riche de mes 5 ans d’expérience, j’ai pris en charge mon premier dossier avec 40 personnes sous ma responsabilité ainsi que la totalité du projet : les livraisons et les tests, la maintenance, le management de l’équipe, la relation avec les clients et les fournisseurs ... ».

Retour au coeur de la technique

Après quelque temps dans le pilotage de projets, Anne-Laure aspire à de nouvelles missions « la construction de solutions fait vraiment partie de mon ADN, plus que la gestion de projets. Cet aspect me manquait ». Elle repart donc vers la technique, cette fois au poste d’Architecte technico-fonctionnelle en Business Intelligence (BI)*. « En travaillant sur la BI, sur la donnée, on s’immerge au coeur de la stratégie de l’entreprise. Construire des systèmes d’entrepôts de données pour des clients, c’est un peu comme toucher au cerveau de l’entreprise, à ses circuits sanguins ... Notre rôle consiste à optimiser le tout pour permettre à l’entreprise et à ses équipes d’anticiper des situations qui ne se sont pas encore présentées mais pourraient se produire. Nous pouvons apporter des réponses (les “prédire” presque !) à des questions non encore formulées. C’est passionnant ! ».

L’appel de l’international

Au même moment, Capgemini développe son offre Big Data aux États-Unis. Direction la Silicon Valley pour Anne-Laure qui s’y voit offrir une belle opportunité. « Il fallait tout créer pour les 40 pays du groupe : les plans de formations, les offres, notre approche du marché, les priorités ». Sur place elle pose les bases du premier partenariat global avec la startup Cloudera* et vit ses premières interactions avec la direction du Groupe.
« J’ai appris à me fixer mes propres limites. Cela ne paraît pas évident au début quand on travaille avec l’Inde, l’Australie, l’Amérique Latine, l’Europe, ... et des fuseaux horaires très variés : on pourrait ne jamais s’arrêter ! Mais on s’adapte et on y parvient bien en définitive. L’écosystème de la Silicon Valley est génial, formateur et tellement dynamique ! ».

L’intelligence artificielle et la donnée pour façonner l’avenir

« Depuis, une occasion s’est présentée de revenir en France, rapportant avec moi les partenariats et le réseau que je m’étais créés. J’y ai repris un rôle opérationnel européen autour du Big Data, dans un pôle international de 200 personnes ». Et aujourd’hui, quatre ans après ? « J’aide les clients de Capgemini, au niveau mondial, à définir et déployer leur stratégie autour des data et de l’IA. J’interagis avec eux très en amont, lorsqu’ils ne savent pas encore pourquoi et comment utiliser ces technologies et je les accompagne pour façonner des solutions adaptées et évolutives. J’ai gardé la fibre californienne qui m’amène à inclure tout un écosystème de partenaires, foisonnant, riche en innovations technologiques : acteurs du Big Data, du cloud, startup et scaleup (une startup plus mature), un monde fascinant dont on doit savoir intégrer la valeur ajoutée tout en lui laissant sa liberté de création ».

Un message à faire passer aux plus jeunes, filles et garçons qui s’interrogent sur leur avenir ?

« Quand je dis que cela fait 20 ans que je suis dans la même société, cela surprend. Mais le domaine ne cesse de se renouveler, impactant ainsi le futur. On cherche toutes et tous pourquoi on fait un métier. Dans le mien, je peux contribuer à faire évoluer le monde qui m’entoure. Quelles surprises la révolution technologique de l’intelligence artificielle nous réserve-t-elle ? Je n’ai pas de boule de cristal mais je sais qu’elle offre des solutions qui vont, de toute façon, transformer le quotidien. C’est notre responsabilité que d’aider les entreprises et leurs équipes à bien s’y préparer maintenant, à former les talents et pourquoi pas, de contribuer à sensibiliser les plus jeunes ... »

Petit lexique

* Business intelligence (BI) : techniques de traitement des données qui facilitent l’interprétation et donc la prise de décision des managers

* Cloudera : entreprise proposant des plateformes de gestion de données

* Entrepôt de données : base de données globale permettant de collecter et de structurer les différentes données opérationnelles de l’entreprise pour en dégager des informations facilitant la prise de décision. Synonymes : base de données décisionnelle / data warehouse

* Teradata : système de gestion de données intégré à l’entrepôt de données.

Crédits

Crédits Photo : DR / Icônes : The Noun Project - bridge by Simon Child / Cloud by anggun / Artificial Intelligence by Krisztián Mátyás

Téléchargez la version pdf !

Lire une autre story