Le numérique en toute diversité pour construire le monde de demain - interview

Mehdi Houas et Brigitte Plateau, succession à la présidence de Talents du Numérique
Les deux derniers président.e.s de Talents du Numérique en interview croisée pour parler orientation vers le secteur en toute diversité, perspectives de recrutement et capacité à agir sur le monde...

Fin mars 2022, l’association Talents du numérique - qui fait dialoguer entreprises et établissements de formation du numérique - a élu un nouveau président. Mehdi Houas, président de l’entreprise Talan succède ainsi à Brigitte Plateau, professeure d’informatique à Grenoble INP.

Dans cette interview, ils se retrouvent pour vous parler de la vocation de l’association, de ce que le numérique pourrait vous apporter et de ce que vous pourriez apporter au monde avec le numérique !

 

« Créer de l’envie, rendre les jeunes acteurs de ce monde en construction »

La vocation de l’association ?

Encourager les jeunes dans toute leur diversité à rejoindre le numérique !

 
Brigitte Plateau

Lorsque j’ai commencé l’informatique, il y avait autant de filles que de garçons sur les bancs de la fac ; ce n’est plus le cas. Lorsque j’étais enseignante dans le numérique, dans les années 1990, le secteur était en plein essor chez les jeunes. Dès la décennie suivante, ce n’était plus le cas.

C’est pour contrer cette tendance que l’association a été créée, avec l’idée de rapprocher le monde universitaire de celui des entreprises pour attirer les jeunes vers les métiers de l’informatique et leur redonner envie.

Déjà, à l’époque, ce rapprochement apparaissait comme une évidence.

 

Mehdi Houas

Je connais l’association depuis plus de six ans et effectivement, son action et sa vocation relèvent d’une évidence. Alors que les besoins en recrutement des entreprises ne cessent de croître, nos écoles, d’ingénieur ou spécialisées, et nos universités ne forment pas suffisamment de diplômés pour y répondre. Pour résoudre ce décalage, il faut que le monde académique et le monde professionnel dialoguent davantage, ce à quoi s’emploie Talents du Numérique.

L’Inde, par exemple, forme plusieurs centaines de milliers d’ingénieurs par an, tout comme l’Afrique et les pays de l’Est parce que tous voient ce secteur comme un tremplin d’avenir.

Ce n’est pas le cas des économies dites développées telles que la France qui forme chaque année 18 000 ingénieur.e.s en informatique1 et sciences informatiques alors que nous pourrions certainement embaucher le double.

Rappelons que d’après la DARES et France Stratégie, en 2030, il y aurait 115 000 postes d’ingénieurs de l’informatique en plus, soit une hausse de 26 % par rapport à 2019 »2

 

1 Chiffre IESF
https://www.strategie.gouv.fr/publications/metiers-2030 - créations nettes d’emplois hors remplacement des départs à la retraite

La France forme chaque année 18 000 ingénieurs en informatique et sciences informatiques alors que nous pourrions certainement embaucher le double - Mehdi Houas

Pourquoi est-il important de s’impliquer dans la transition numérique ?

Décider du monde que nous voulons !

 

Brigitte Plateau

Dans le contexte actuel, le numérique doit être une force permettant de porter nos valeurs humanistes, d’inclusion, d’ouverture et de partage.

Il y a là des enjeux de propriété et de maîtrise des données et de cybersécurité mais aussi de maîtrise énergétique et de démocratie qui relèvent effectivement d’une question de souveraineté nationale.

 

Mehdi Houas

Dans le domaine de la transition numérique deux approches dominent : celle des États-Unis, tournée vers la rentabilité immédiate et à tout prix et celle de la Chine, qui voit dans l’outil numérique un moyen de contrôle à exercer dans tous les domaines.

La France doit incarner une troisième voie, celle d’un espace plus ouvert, plus respectueux des libertés et plus soucieux de l’éthique.

Le sujet est crucial et c’est le moment de nous en emparer si nous voulons être acteurs de notre destin.

Un message aux jeunes ?

Ne doutez pas de vous !

 

Brigitte Plateau

Je voudrais leur dire d’une part de ne pas douter d’eux-mêmes car ils sont pleins de ressources et d’autre part que, derrière ces questions de carence de compétences, il y a de grands enjeux de société qui touchent à l’avenir même de l’humanité.

Les jeunes doivent en être acteurs s’ils ne veulent pas plus tard subir des orientations dans lesquelles ils ne se reconnaissent pas.

 

Mehdi Houas

C’est une filière qui touche l’ensemble des secteurs économiques et n’est pas réservée à une élite : à tous les niveaux on a besoin d’acteurs du numérique. Ce que j’aimerais dire aux jeunes c’est que 75 % des métiers auxquels ils auront accès d’ici cinq à dix ans n’existent pas aujourd’hui, il est donc essentiel qu’ils soient acteurs et actrices de cette transformation.

Enfin je veux leur dire que, pour la première fois depuis très longtemps, on voit des technologies de rupture arriver à maturité (intelligence artificielle, objets connectés...) et que celles-ci ne connaissent pas de limites hormis celles de notre imagination.

Cela ouvre des possibilités extraordinaires qui, toutes, sont à leur portée. On ne peut construire ce monde de demain sans eux. On peut aider, guider, mais le design de ce monde nouveau doit d’abord venir d’eux.

Dans le contexte actuel, le numérique doit être une force permettant de porter nos valeurs humanistes, d’inclusion, d’ouverture et de partage - Brigitte Plateau

Et que dire particulièrement aux filles encore trop absentes du secteur ?

La promesse d’une vie équilibrée, d’un monde plus mixte et divers et donc plus riche

 

Brigitte Plateau

Il faut leur parler de choix de vie. Les filles veulent une vie professionnelle, une vie de femme, une vie de mère, une vie de citoyenne… rejoindre ce secteur du numérique leur permettra d’équilibrer ces choix, de concilier ces différentes vies.

Elles doivent y aller pour construire un monde vraiment mixte et donc plus riche. Je ne leur dis pas que c’est facile, je leur dis que c’est possible et que c’est passionnant ; qu’on peut vraiment s’y réaliser en tant que femme.

 

Medhi Houas

Il y a de la place pour tous dans ce monde en construction et chacun doit y prendre part si l’on veut empêcher les biais d’algorithmes qui ne reconnaissent ni la diversité de genre ni celle d’origine.

Pour éviter cela les filles ont une responsabilité à laquelle je voudrais faire appel pour leur dire qu’elles peuvent influencer la façon dont le monde va évoluer, qu’elles doivent profiter de cette phase de reconstruction pour le rendre aussi adapté aux hommes qu’aux femmes, accessible à tous.

La programmation, la réflexion, le design, l’ingénierie sont sans genre. Il s’agit d’une gymnastique intellectuelle sur laquelle elles sont à totale égalité avec les garçons.

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